Retours et témoignages du Sénégal

Vivre à Ronkh

Indépendant depuis 1960, le Sénégal se situe en Afrique de l’Ouest.

Il fait partie des 25 pays les plus pauvres au monde.

Il compte 15 millions d’habitants, un sur deux vit sous le seuil de pauvreté. L’espérance de vie moyenne est de 57 ans. Le taux de chômage avoisine les 48%. La commune de Ronkh, une collectivité locale du delta du fleuve Sénégal, se trouve dans le département de Dagana, plus précisément dans l’arrondissement de Ndiaye.

La commune de Ronkh rassemble plus de 42 villages sur une superficie de 687 km² pour 35.000 habitants.

 

Accueil des habitants de Ouro

Une coopération riche qui s’inscrit dans la durée

La coopération décentralisée permet aux collectivités françaises et étrangères de s’associer pour lutter contre la pauvreté et faire reculer les inégalités entre les pays du Nord et du Sud. C’est dans ce but que Rezé coopère avec la communauté rurale de Ronkh. Coopérer ne signifie pas se substituer à l’État sénégalais. Rezé vient en soutien aux élus locaux de Ronkh, dans leurs projets de construction et d’équipement d’infrastructures au profit de la population et dans la mise en place de services publics de proximité.

Le partenariat entre la Ville de Rezé et la Commune de Ronkh est né de la relation engagée entre 2 écoles.

Tout commence en 1987 par une correspondance entre les écoles de Ragon, à Rezé, et Diawar, un des villages de Ronkh. S’ensuit la signature d’un pacte d’amitié en 1996 pour rapprocher les deux peuples. En 2003, une nouvelle étape est franchie : les deux collectivités signent une convention de coopération décentralisée. Ainsi, la Ville de Rezé peut soutenir la communauté rurale de Ronkh dans ses projets de développement local. En 2009, Rezé s’associe à la Ville de Commercy, située dans la Meuse, pour agir via des projets d’adduction d’eau potable dans la zone sud (….).

Ce partenariat se renforce par la mutualisation des actions pour favoriser les projets de gouvernance locale.

Suites aux élections municipales de 2014, un nouveau Maire, Amadou Tidiane NDAYE est élu.
Avec la réforme territoriale au Sénégal, la Communauté Rurale de Ronkh devient la Commune de Ronkh et élargit ainsi ses compétences.

 

Commune de Ronkh au nord du Sénégal et en bordure du fleuve du Sénégal.

L’eau, une condition inaltérable

De retour de sa mission, Marie-Isabelle Yapo, élue en charge de la coopération décentralisée avec le Sénégal se réjouit :
« Il s’agit de l’aboutissement d’un projet de 10 ans entre des partenaires fortement engagés dans les projets de coopération décentralisée, la pugnacité des chefs de village, des comités de pilotage, de gestion, la mobilisation des femmes et aussi l’implication du maire de la commune de Ronkh. »

Pour alimenter en eau les villages de la communauté rurale de Ronkh, impossible de creuser des puits : en sous-sol, l’eau est trop salée. Il faut donc utiliser celle du fleuve Sénégal. Entre 2008 et 2013, dans le cadre du programme de coopération décentralisée, 54 kilomètres de canalisations ont été posés, 27 bornes fontaines et 170 branchements particuliers.

Marie-Isabelle Yapo avec Jean Bombardieri , un chef de village et le comité de gestion de Thiagar

Koumba Ba, responsable des femmes de Bassang résume parfaitement :
« Ça a changé nos vies. Nous, les femmes et nos enfants, étions chargés d’aller chercher, chaque jour, de l’eau au fleuve et de la faire décanter pour boire et se laver. Maintenant, nous n’avons plus à effectuer cette corvée. Nos journées sont moins éprouvantes et nos enfants peuvent aller à l’école. »

La priorité est donc indéniablement ce besoin essentiel qu’est l’accès à l’eau potable.
La Ville de Rezé a été sollicitée par les habitants et le maire de Ronkh en avril 2015. Ce dernier a adressé à Rezé une demande d’aide et précisé les engagements de la collectivité et l’implication des bénéficiaires pour l’alimentation en eau de Thiagar.

Le village de Thiagar, 2500 habitants, ne dispose pas des aménagements pour l’accès à l’eau potable. A proximité immédiate dans le village de Ndiatène, des installations pouvant alimenter les habitants de Thiagar ont été réalisées, ce village est à 1200 mètres du réservoir de Ndiatène.

Eau non potable où puisent les femmes

 

Toutefois, la consommation de Ndiatène qui dessert déjà 4000 personnes dans trois villages (Ndiatène, Khor et Kher), atteint sa limite de production en période de pointe. Pour assurer les besoins de Thiagar plus sécuriser Ndiatène, Khor et Kher soit une population d’environ 8000 personnes, il est nécessaire de construire les installations qui permettront d’augmenter la capacité de production à Ndiatène, puis réaliser et raccorder le réseau et les branchements pour Thiagar.

Bassins de filtration

Fatou Niang, fontainière à Thiagar, témoigne :
« J’ouvre la borne fontaine matin et soir. Ce sont les femmes qui viennent s’approvisionner. Elles prennent en moyenne cinq bidons par jour. »

Le remplacement de ces bornes fontaines par les branchements individuels (c’est à dire, 1 robinet par concession pour 8 à 10 personnes), grâce à l’expertise technique de Commercy, est une réelle avancée dans une logique d’une meilleure répartition d’accès à l’eau potable.

L’eau coule à Thiagar

 

Ainsi, environ 9000 habitants bénéficient d’un accès à l’eau potable, soit un réseau de 5000 m de conduite pour 188 foyers.

« A ce propos, les filtres antibactériens sont équipés de sable de filtration, une première au Sénégal ! »
Marie-Isabelle Yapo

Une méthode de filtrage d’eau inédite au Sénégal

Mais d’où vient ce sable ? Quels sont les critères de sélection?

Jean Bombardieri, vice-président de l’Office municipal de coopération internationale de Commercy et spécialiste technique eau précise : « de Goulombou en Casamance à proximité de Tambacounda (au sud du Sénégal). Pour la filtration de l’eau, il est recommandé d’avoir du sable de rivière qui est le plus adapté. Le sable doit être lavé pour élimer l’argile. »

Ce sable set acheminé via un trajet sinueux  de 568 km, c’est à dire de près de 16h, jusqu’à destination. Celui-ci est alors trié manuellement avec un tamis, une fois arrivé. Un tiers du sable apporté du secteur de Tambacounda reste malheureusement inutilisable. Il serait nécessaire que le tri puisse se faire avant le transport par souci d’économie et d’efficacité. 

 

Trajet du sable de Tambacounda jusquà Ronkh. 568 km et près de 16h de route.

 

Cependant, certains villages ont été oubliés par le passé (tels que Guilado 1 et 2, Gade Toumani, Wouro et Gae Diawar soit environ un milliers d’habitants) et les populations souffrent cruellement de ce manque d’eau, les femmes notamment à qui incombe la corvée d’eau.

« Elles parcourent quotidiennement une quinzaine de kilomètres pour récupérer le précieux liquide, dans des étendues stagnantes, qui en fait est souillé par les animaux qui s’y abreuvent » témoigne Marie-Isabelle Yapo.

L’enjeu de santé publique dans la lutte contre la bilharziose revêt un caractère prioritaire.
Il est à noter que 4 à 5 enfants par semaine sont atteints de cette maladie endémique.

L’adduction d’eau potable permet non seulement de régler les problèmes d’ordre sanitaire liés à cette maladie endémique mais encore d’assurer aux populations l’accès à une ressource vitale et, pour finir, elle bénéficie aux femmes dans l’attente de l’aboutissement de la réalisation des projets et en espèrent beaucoup.

Quand l’eau arrive dans un village, elle profite à l’ensemble de la population.

Un chef de village déclare à ce sujet : « Je ne croyais pas qu’on aurait l’eau potable un jour ici. C’est un petit miracle. Grâce à cela, les maladies ont reculé, surtout les diarrhées. Les conditions de vie sont meilleures notamment pour nos enfants. »

L’objectif est donc l’approvisionnement en eau de ces derniers villages. Cela est prévu au plus tard pour 2019.

L’évacuation des eaux pluviales du village de Diawar

La saison des pluies a lieu en Juillet et aout et les inondations impactent les habitations durement en raison d’un sol argileux donc imperméable… Les murs en banco sont sévèrement touchés et cette humidité menace l’ensemble des constructions. A cela, s’ajoute, les problèmes sanitaires que ces inondations peuvent engendrer. Les ordures et eaux usées se répandent ainsi au cœur des villages. Les modes de consommation évoluent et se traduisent par une augmentation du volume des déchets. Papier, plastique, ferraille… jonchent le sol. Tout cela aboutit au déplacement des populations en question. Dans les villages, il n’y a pas, non plus, d’assainissement collectif. Pour autant, les fosses des WC doivent être régulièrement vidées. Sinon, elles débordent, s’écoulent dans les rues, polluent les sols et exposent les habitants à des maladies : choléra, dysenterie, parasitoses intestinales…

«Il n’y a qu’un infirmier, pas de médecin sur place ni ambulance. Le risque sanitaire et de santé publique est un enjeu crucial.» souligne Marie-Isabelle Yapo. 

Dans un village, un service de vidange de fosses s’organise pour l’ensemble de la communauté rurale. Le programme de coopération décentralisée comprend un volet « gestion des ordures ménagères ». Des animateurs ont été formés ; ils mènent des campagnes de sensibilisation auprès des habitants pour faire évoluer les comportements. Ils évoquent les risques sanitaires et les nuisances à l’environnement, présentent le fonctionnement d’un service public de gestion des ordures ménagères, aident les volontaires à sa mise en place. L’assainissement du village est donc primordial dans le cadre de la coopération décentralisée.

Le typha, une ressource bienvenue

 

Le typha sur les rives du fleuve Sénégal

 

Il y a une trentaine d’année, la mise en service du barrage de Diama ou barrage anti sel destiné à empêcher la remontée du sel océanique dans le fleuve Sénégal) a généré une mutation de l’environnement. Le typha endémique est devenu invasif, nuisant à l’irrigation, eutrophisant. Cette invasion avait pour conséquences de décimer d’importantes surfaces de rizières, d’obstruer les canalisations et les équipements hydrauliques, entravant l’acheminement de l’eau, favorisant le développement d’algues et, enfin, polluant les cours d’eau.

 

Présence du typha sur Ronkh

 

Le matériau biosourcé de construction est à valoriser : panneaux isolants pour les murs, toits de chaume (durée de vie entre 30 et 40 ans), la massette du typha est recyclée pour la combustion (utiliser également à la fabrication de colle, de papier, de nattes, de cordes, et d’alimentation pour les animaux).

 

Toit réalisé à partir de typha

 

Aujourd’hui, Marie-Isabelle Yapo dresse ce constat : « La coupe anarchique et malheureusement les ouvriers encourent de nombreux risques, notamment les morsures de reptiles et la bilharziose. »

Une bonne nouvelle cependant : dans la commune de Ronkh, 20 apprentis ont déjà été formés par les chaumiers  de l’association ThyPHAS d’Herbignac (44) et un projet de construction de 350 logements est prévu dans la zone de Colonnat. Chaque case sera dotée d’une douche et d’une cuisine. Un premier lotissement de 50 cases a été piloté par la Croix Rouge Luxembourgeoise.

Les enjeux liés à la propriété sont forts et se pose aussi la question de la préservation de la ressource car d’ici à 10 ans elle sera épuisée. La solution ? Domestiquer ce fameux typha ! Car le roseau en question devient une ressource génératrice de recettes et conduit aussi à la création d’une nouvelle filière et de nouveaux métiers.

Aujourd’hui, la valorisation du Typha projet s’inscrit dans la mise en place d’une nouvelle politique énergétique et écologique au Sénégal : l’intégration des normes d’écoconstruction dans le cadre du Plan Climat de la région de Dakar. Un programme qui est développé par les ministères de l’environnement du Sénégal et de la Mauritanie, l’ARENE, l’ADEME, l’agence Biobuild et l’ONG le GRET Mauritanie. Ce projet s’inscrit dans le cadre des coopérations municipales avec la commune de Ronkh.

Un groupe de dix jeunes majeurs, étudiants et surtout demandeurs d’emploi, étaient accompagnés d’Isabelle Foulonneau  du Service jeunesses et Natacha Brohanr de l’ADPS. Ils ont participé aux côtés des salariés d’une entreprise, à la construction  d’une partie du mur de l’école primaire de Khor village.
Une école de 6 classes pour 170 élèves dont une forte concentration en classe de CP car l’éducation est prioritaire. 
Les jeunes vont ainsi durant la mission, passer du temps au chantier mais aussi découvrir la richesse de la culture sénégalaise. Au-delà du dépaysement, c’est une découverte d’une autre culture et d’un autre mode de vie, assujettis à des conditions climatiques et matérielles difficiles, qui permet à chacun et chacune de s’interroger soi-même sur ses buts et motivations. Un chantier jeunes qui suscite un engouement certain car, depuis le premier chantier  de 2016,  l’association AAJRR / Association Amitié Jeunes  Reze Ronkh a vu le jour et s’est enrichie, ces deux dernières années, de nouveaux adhérents. 

 « Mon grand frère est parti en 2016, cela m’a donné envie de faire pareil. C’est un éducateur du quartier qui a pensé à moi pour le projet. Je me sens bien, j’ai hâte de pouvoir aider des gens qui sont démunis, si on compare à ici. »
Bambo, jeune de Rezé.

 

Les jeunes Rezéens au sein de la commune de Ronkh

 

 

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