L’activité aéronautique est un exemple ahurissant d’approche ultra libérale, c’est un état dans l’état !

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L’activité aéronautique est un exemple ahurissant d’approche ultra libérale, c’est un état dans l’état !

Conseil Municipal du 30 mars 2018

Intervention sur l’adhésion à l’association Ville et Aéroport

« M. le Maire, chers Collègues,

Puisque nous sommes bien dans le cadre d’un débat contradictoire, je vais commencer par reprendre deux points des interventions précédentes.

(à jean-Michel Laurenceau, Les Républicains) Si vous voulez pointer le manque de démocratie au prétexte que le gouvernement n’a pas suivi le résultat de la consultation de juin 2016, il ne faut pas oublier que les modalités de cette consultation – pas un referendum – étaient terriblement biaisées, ce que nous, élu-es du CéDpa avons immédiatement dénoncé. La démocratie, ce n’est pas qu’un résultat, c’est d’abord des règles de jeu qui ne doit pas être de dupes.

(à Mireille Pernot, groupe communiste) Dire aujourd’hui que le dossier du projet était bien monté et que seule sa gestion était calamiteuse, c’est méconnaître le fait que pour contourner la contrainte de la loi sur l’eau, les porteurs de projet ont « saucissonné » le dossier, ce qui est rigoureusement interdit par la loi. Contrairement à ce que tu dis, les opposants n’ont pas perdu de procès au niveau européen, puisqu’il n’y en a pas eu. Ils ont bien déposé un recours, au titre de la loi sur l’eau, et nous en attendions le résultat avec gourmandise justement parce que l’Europe est très sourcilleuse sur le montage des dossiers aussi impactants.

Avant de vous parler de la délibération, permettez nous de dézoomer un peu le propos, et d’aborder des considérations plus générales, à partager en amont d’un travail de protection de territoire.

L’activité aéronautique est un exemple ahurissant d’approche ultra libérale, c’est un état dans l’état :

le transport aérien, alors qu’il est le plus énergivore et donc source de dégradation climatique, est exonéré des taxes sur les carburants.
l’essentiel du trafic de Nantes Atlantique est lié aux compagnies à bas coût, dont le modèle économique repose sur des restrictions drastiques, y compris sur leur personnel soumis à des conditions extrêmement dures pour un salaire minimum. Ces compagnies obtiennent par ailleurs des largesses financières pour établir leur base sur tel ou tel aéroport. Elles ont enfin une politique commerciale éhontée : aujourd’hui, on peut atteindre toutes les capitales d’Europe pour moins de 30 €uros aller-retour. A qui peut-on faire croire qu’un tel voyage ne coûte que cela ? Qui paie la différence ? Et sous quelle forme ?

D’aucuns pensent que c’est « démocratiser » le transport aérien. Cette approche intellectuelle nie le prix collectif à payer pour un objectif qui ne devrait pas en être un. Je vous l’assure : on vit très bien sans jamais prendre l’avion. Ce miroir aux alouettes tendu par la société de consommation ne doit pas faire oublier des critiques de bon sens.

il est anormal que les compagnies aériennes ne paient pas leur tribu à la consommation de carburants,
il est anormal qu’elles jouent sur les différentes législations nationales pour s’affranchir des impôts liés à leur activité,
il est anormal qu’elles ne contribuent pas plus à l’atténuation des nuisances pour les riverains, ou encore, qu’elles échappent à la réglementation sur les bruits nocturnes qui s’imposent à tous, nous qui vivons au sol.

Collectivement, nous n’avons aucun intérêt à ce que le transport aérien se développe, et nous avons même intérêt à le réduire. Le sacro-saint dogme de la croissance est extrêmement nocif. C’est lui qui est responsable du dérèglement climatique et de la perte de biodiversité, qui entraîne l’Humanité à grand pas vers sa perte. Bref, avant d’essayer de trouver des solutions pour limiter les nuisances du trafic aérien, il serait d’abord judicieux d’essayer de limiter ce trafic, de réduire les nuisances à la source, avec la même logique que les déchets, ou la politique de prévention en matière d’accidents. Aujourd’hui, il y a par exemple plusieurs liaisons quotidiennes Nantes/Paris ou Nantes/Bordeaux, c’est absolument anormal. Pour Paris du fait de la ligne LGV, pour Bordeaux parce que c’est extrêmement proche et que l’entretien des voies ferrées devrait être LA réponse au besoin de liaison.

Pour revenir à des considérations plus urgentes et pratiques, l’adhésion qui nous est proposée à l’association Ville et Aéroport recueille notre accord. Nous partageons un certain nombre d’objectifs qui sont énoncés dans sa charte, ainsi que les préoccupations sur tous les sujets qui ont un impact direct sur notre territoire : les nuisances, la mobilité, la juste rétribution financière des collectivités locales et les indemnités/compensation pour atténuer les nuisances subies par les riverains. La plupart d’ailleurs des recommandations avancées par l’association Ville et Aéroport étaient défendues et travaillées par les ex-opposants à l’ex-projet de NDDL, dont nous faisions partie : l’approche en continu, plutôt que par palliers, l’axe des trajectoires, la restriction voire l’interdiction des survols de nuit, la ligne de train desservant l’aérogare, la révision du Plan d’Exposition au Bruit, complètement obsolète, celle du Plan de Gêne Sonore, lui aussi dépassé… tous ces sujets ont été traités en particulier par les élus du CéDpa.

Sur le sujet des nuisances sonores, nous attirons votre attention, chers collègues, sur une évolution relativement récente. L’orientation de la piste sur un axe nord-ouest / sud-est entraînait un atterrissage des avions par le nord et un décollage vers le sud, du fait des vents dominants d’ouest. Je parle au passé, car nous sommes depuis quelques années en train d’assister à une modification notable du régime local des vents, effet vraisemblablement dû au dérèglement climatique. Cette observation a été confirmée à notre demande par Vinci Airport gestionnaire de Nantes Atlantique. Régulièrement depuis 3 ans, la part des avions décollant vers le nord augmente, au point d’être majoritaire aujourd’hui. Il s’ensuit une grosse modification pour certains quartiers qui se retrouvent sous les trajectoires de décollage, très bruyantes. Nous pensons en premier lieu au quartier de la Houssais, et à son éco-quartier de la Jaguère…. Nous n’avions pas prévu cette évolution en l’implantant là. Inversement, le nord de la commune est moins impacté aujourd’hui qu’hier par les atterrissages en diminution. Nous devrons veiller à ce que les aides à l’insonorisation soient bien fléchées sur les bons espaces.

Nous oeuvrerons donc, ainsi que vous tous, à préserver au maximum une qualité de vie pour les populations survolées, mais veillerons aussi à l’utilisation intelligente des fonciers disponibles pour garantir un développement pertinent de la ville ou de la métropole. Tout en continuant à convaincre que le transport aérien doit être réduit et ne doit pas être une niche exonérée des taxes collectives.

Je vous remercie de votre attention. « 

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