Sahara Occidental : la dernière colonie africaine

La Ville de Rezé s’est engagée depuis longtemps en faveur du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Des missions, à vocation humaniste et solidaire, s’inscrivent depuis plusieurs années dans cette démarche.

DOSSIER SPÉCIAL

SAHARA OCCIDENTAL : LA DERNIÈRE COLONIE

A l’instar de la Palestine, le Sahara Occidental, revendiqué par la République arabe sahraouie démocratique, est un territoire non seulement occupé mais colonisé.
Depuis plus de 40 ans, 173 000 Sahraouis se trouvent dans des camps de réfugiés en Algérie.

La mission politique et technique rezéenne qui s’est rendue, du 27 octobre au 3 novembre, dans les camps de réfugiés, au sud de Tindouf, avait pour objectif de développer la coopération dans les domaines de l’éducation et de la santé.

 

La Ville de Rezé soutient le peuple Sahraoui dans son droit à l’autodétermination.
Un soutien politique donc mais aussi humain.
En effet, dans le cadre du partenariat avec l’association Enfants Réfugiés du Monde, les Rezéens accueillent des enfants issus des camps de réfugiés sahraouis.

Article Presse Océan sur l’accueil des enfants sahraouis  à Rezé

Rezé a rejoint également le réseau international de parlementaires pour le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Un processus de coopération porté à grande échelle avec ses rendez-vous, tels des maillons essentiels vers la reconnaissance des droits du peuple sahraoui.

Des entreprises françaises condamnées

Le Colloque sur les ressources naturelles du Sahara Occidental est l’un de ses temps forts.
Les 19 et 20 octobre 2018, c’est près du Havre que cette rencontre a permis de dresser un état des lieux des ressources naturelles très riches et donc fortement convoitées du territoire sahraoui. Des ressources minières avec le gaz de schiste ou le phosphate, agricoles mais aussi maritimes. L’exploitation et la mainmise illégale du Maroc sur ses ressources se fait dans le cadre d’accords commerciaux avec de grands groupes français.

Le 30 octobre, ce sont 6 entreprises françaises dont AXA, BNP/Paribas, le Crédit-Agricole, la Société Générale, Transavia, UCPA et enfin le groupe Chancerelle qui se sont trouvées assignées en justice par la Cour de justice européenne en accord avec la dernière résolution de l’ONU.

Dans les camps depuis plus de 40 ans

La visite des camps de réfugiés situés au sud de Tindouf, en Algérie, du 27 octobre au 3 novembre 2018 a rappelé aux élus rezéens l’urgence face à de dures conditions de vie.

C’est en rencontrant ces populations grâce à la Wali (préfète) d’Auserd ainsi que de la Maire de Tichla que le constat d’une grande précarité se fait. Les conditions climatiques sont extrêmes dans ce désert saharien. L’aridité ne permet aucune culture mais reste propice à l’élevage de chameaux.

Les murs des camps sont souvent détruits suite aux inondations

Une jeunesse très instruite mais sans perspectives

Les Sahraouis sont très instruits et peuvent, malgré tout, suivre une scolarité en primaire (1278 enfants pour 30 enseignants) ainsi qu’au collège mais jusqu’à la quatrième. A partir de là, les jeunes sont ainsi contraints de partir, loin de leur famille, pour poursuivre en internat en Algérie.

Grace à la solidarité, des enfants peuvent bénéficier d’une école, malgré les dures conditions de vie du camps.

Les hommes, tant qu’à eux, se font soldats, se réfugiant dans le Maghreb ou cherchant une meilleure vie en Espagne, France voire en Amérique latine.

Un Centre de formation du personnel de santé à Smara est administré par Enfants Réfugiés du Monde. De même il existe dans les autres camps des centres de formation et des coopératives à destination des femmes. Le centre d’Ausserd notamment, permet à quelques 80  femmes sahraouies de se former dans les   domaines suivants : l’administration, la bureautique, langue arabe, la couture etc. Ce centre offre la possibilité aux femmes sahraouies, qui ont un rôle prépondérant, de préserver et d’entretenir le patrimoine culturel et artisanal (tissage de tente, travail du métal, du cuir  etc).

Des femmes perpétuent la culture sahraouie grâce au tissage

Pour ce qui est de la santé, les réfugiés peuvent s’adresser à l’un des 3 médecins présents. Trois médecins pour 10 000 personnes.

Une colonisation qui tend à s’enraciner

Fin 1975, lors du processus de décolonisation, l’Espagne, en fin de régime franquiste, signe le traité de Madrid qui accorde un contrôle administratif des deux tiers nord du Sahara Occidental au Maroc et du tiers sud à la Mauritanie, tout en se prononçant pour que le droit à l’autodétermination des populations soit respecté.
Des milliers de Sahraouis, fuyant le conflit entre le Maroc et la Mauritanie, se réfugient alors dans la région de Tindouf, en Algérie.

Ces réfugiés se retrouvent ainsi dans des camps de fortune. Le Front Polisario, mouvement de libération des Sahraouis proclame la République Arabe Sahraouie Démocratique.

Le mur de la honte

Le Maroc décide en 1981 de construire un mur de démarcation, nommé « mur de la honte », sur 2 700 kilomètres en plein Sahara Occidental, bordés de mines anti-personnel, conservant de facto 85 % du territoire. Ce dernier regroupe les principales villes, les mines de phosphate, toute la côte atlantique et ses ressources maritimes.

Plan du Sahara Occidental indiquant la zone tampon et le fameux « mur de la honte ».

Mais le Front Polisario se bat aussi sur la scène diplomatique alors que les Nations Unies maintiennent le principe d’auto-détermination. De nombreux États soutiennent sa position, à commencer par les pays africains* qui, depuis la charte de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) de 1963, défendent l’intangibilité des frontières coloniales.

En 1991, un cessez-le-feu avec le Front Polisario est négocié sous l’égide des Nations Unies.
La MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental) est chargée de recruter les électeurs d’une consultation à venir. Cela va être l’un des principaux points de blocage. Car les positions apparaissent inconciliables : le Maroc, dont le régime a fait du Sahara Occidental une cause sacrée pour le pays, n’envisage qu’une autonomie pour le Sahara Occidental qu’il qualifie de « provinces du Sud ».
Le Front Polisario refuse une consultation qui n’inclut pas l’option de l’indépendance mais propose au Maroc des garanties pour certains de ses intérêts si ce choix se concrétisait.

Une situation tendue qui se dégrade

Cependant, la situation s’enlisant sur la scène internationale, celle-ci se tend à Tindouf, en 2011 : la colère monte au sein des jeunes réfugiés sahraouis. De vives tensions voient le jour et une méfiance s’instaure envers le Front Polisario. L’enlèvement, la même année, de trois travailleurs humanitaires occidentaux par le MUJAO (Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest), alors allié d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique, illustre la dégradation.

La menace terroriste islamiste devient, elle aussi, réelle.

L’emprise économique : une nouvelle étape dans la colonisation

Depuis quelques années, sous l’impulsion de Mohammed VI, le Maroc investi énormément dans l’économie du Sahara Occidental via le plan de «Nouveau modèle de développement des provinces du Sud».

Ce programme s’élève à 7,4 milliards d’euros d’investissements sur dix ans. Cette politique renforce considérablement l’emprise économique du royaume.
De son côté, le Front Polisario poursuit sur la voie juridique et médiatique.
Récemment la Cour de Justice européenne a invalidé (partiellement) deux accords de commerce entre l’Union européenne et le Maroc. Le premier en 2015 sur l’exploitation et de la commercialisation des ressources agricoles et le second sur l’exploitation des ressources maritimes en 2016. En 2017, 1MT de poissons a été vendue. Cela représente les ¾ de la pèche marocaine.

Le Dessous des cartes – Sahara : conflit ensablé ?

De nouvelles négociations à l’ONU

La 43e Conférence européenne de soutien et de solidarité avec le peuple sahraoui vient de se terminer à Madrid. En marge de la conférence, 10 000 personnes, d’après la police espagnole, ont manifesté leur soutien au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Cette manifestation a, selon des participants aux travaux de l’Eucoco, «révélé un écart abyssal entre le regard porté par la société civile européenne sur le conflit du Sahara occidental et celui de certains pouvoirs européens qui, comme ceux de la France ou de l’Espagne, n’hésitent pas à cautionner et à encourager même la colonisation du Sahara occidental et le pillage des ressources naturelles des Sahraouis».

Marie-Isabelle YAPO était présente à Madrid lors de la manifestation, en marge de la conférence.

Sous la pression américaine, un nouveau processus de négociations est mandaté sous l’égide de l’émissaire de l’ONU, Horst Köhler.

Une première table ronde s’est tenue le 5 décembre ainsi qu’une seconde les 21 et 22 mars dernier, les deux à Genève. Ces rendez-vous réunissaient les représentants du Maroc et du Front Polisario tout en y associant, à titre d’observateur, l’Algérie et la Mauritanie. Soutenu par Alger, le Front Polisario demande l’organisation d’un référendum d’autodétermination pour le Sahara occidental. Le Maroc, appuyé par les Etats-Unis et la France, rejette cependant toute solution autre qu’une autonomie sous sa souveraineté.

A ce jour, le Sahara Occidental reste bel et bien le dernier territoire colonisé d’Afrique.

Le président sud africain, Cyril Ramaphosa, a appelé mardi 26 mars l’Onu à mettre en œuvre « sans délais » les résolutions adoptées dans le cadre du règlement du conflit du Sahara occidental, dont celles portant sur le droit inaliénable à l’autodétermination du peuple sahraoui. L’Afrique du Sud, par la voix de son chef d’état  apporte son soutien au processus de médiation mené par l’envoyé du Secrétaire Général des Nations unies, Horst Kohler. Ce dernier a déclaré  à l’issue de la dernière table ronde : « Cette réunion a montré que toutes les délégations sont conscientes que de nombreuses personnes, en particulier celles qui sont directement touchées par le conflit, placent leur espoir dans ce processus ».

Horst Koehler, émissaire de l’ONU, à Genève. 5 décembre 2018. (Martial Trezzini/Keystone via AP)

Selon l’envoyé de l’ONU, « des efforts réels sont nécessaires pour créer la confiance nécessaire pour progresser ». Il a donc encouragé les délégations à poursuivre le dialogue et les gestes de confiance. Cela prendra du temps, reconnaît-il.

 

Pour aller + loin :

> 2eme table ronde à Genève : https://fr.sputniknews.com/international/201812071039207634-sahara-occidental-geneve-discussions-roun-deuxieme/
https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/sahara-occidental/sahara-occidental-lonu-convoque-les-quatre-parties-a-une-table-ronde_3057049.html
> Interpellation du président sud-africain à l’adresse de l’ONU : https://www.spsrasd.info/news/fr/articles/2019/03/26/20388.html
> l’envoyé de l’ONU appelle à continuer à rechercher un compromis : https://news.un.org/fr/story/2019/03/1039291
> La 2eme table ronde se termine sans avancées : http://www.aps.dz/monde/87180-la-deuxieme-table-ronde-se-termine-sans-avancees-sur-le-dossier-du-sahara-occidental

* la liste des pays soutenant le RASD varie selon l’évolution de la situation diplomatique et économique. Les relations de certains pays avec Maroc rentrent en jeu. Voir les articles suivants :

> Liste des pays ne reconnaissant plus la RASD : http://infosahara.com/liste-des-pays-ne-reconnaissant-plus-la-rasd/
> Qui sont ces pays qui reconnaissent la RASD : http://m.le360.ma/politique/mais-qui-sont-ces-pays-qui-reconnaissent-la-rasd-97305

LES CHIFFRES CLÉS

La situation du Sahara Occidental en chiffres :

266 000 : c’est la superficie, en kilomètres carrés, du Sahara Occidental, équivalent à la moitié de la France.

1 110 : c’est le nombre de kilomètres carrés de côte donnant sur l’océan atlantique. Ces rivages sont parmi les plus abondants en poissons.

2700 : c’est le nombre de kilomètres que désigne le mur de démarcation construit par le Maroc. Ce « mur de la honte » est entouré de mines anti-personnel.

173 000 : c’est le nombre de réfugiés qui vivent dans des camps depuis 1975 réfugiés situés au sud de Tindouf en Algérie

44 : cela fait 44 ans que le Sahara Occidental est occupé, entrainant de nombreux exodes. Le Maroc lance le 6 novembre 1975 une Marche Verte : pas moins de 350 000 personnes, appuyées par des milliers de soldats, envahissent le Sahara espagnol.

80 : c’est le pourcentage du territoire occupé illégalement par le Maroc, ne laissant que 20% de territoire libre.

Quelques dates :

1991 : La Résolution 690 des nations unies ouvre la voie à l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara Occidental.

21 décembre 2016 : la Cour de Justice européenne stipule dans son jugement que les accords commerciaux entre l’UE et le Maroc ne sont pas applicables au Sahara occidental.

Juillet 2018 : Applicabilité des accords de pêche UE-Maroc au territoire du Sahara occidental et dans les eaux qui lui sont adjacentes par les arrêts du 21 décembre 2016 et du 27 février 2018 de la Cour de Justice européenne.

Le 30 octobre 2018 : la résolution 1514 confirme le caractère colonial de l’occupation du territoire sahraoui par le Maroc.

 

Les 3 Objectifs de l’engagement de la Ville de Rezé :

 

  1. Respecter le droit international et européen
  2. Soutenir le peuple sahraoui dans son processus d’autodétermination
  3. Rendre opérationnel l’engagement de la Ville de Rezé 

 

LE CONSTAT SUITE A LA MISSION REZEENNE

La mission politique et technique rezéenne, du 27 octobre au 3 novembre dans les camps pour définir des axes de coopération dans les domaines de l’éducation et de la santé a permis le constat suivant :

Les Défis :

  • Menace de  reprise des armes

  • Repli dans le fondamentalisme religieux pour rappel 70% de jeunes sans avenir peuvent être tentés  de renforcer les rangs du terrorisme islamiste.

  • Fuite des cerveaux

 

Les Besoins :

Des besoins dans la Wilaya d’Ausserd

 Le secteur de l’éducation

  • Appui symbolique à la rémunération des enseignants
  • Formation des enseignants et des élèves
  • Apprentissage de la langue française pour la poursuite de la scolarité en Algérie

NB :  le personnel enseignant  est volatile  à cause des conditions de travail : volontariat  et rémunération mensuelle de 20 à 30 euros octroyés par l’ONU.

Les infrastructures : établissements scolaires, mairie, préfecture

  • Collège exigu, à partir de la classe de 4ème : les élèves sont contraints  de poursuivre leurs études en internat en Algérie
  • Santé  et Hygiène : pas de toilettes dans les écoles, citernes détruites depuis 4 ans
  • Certains bâtiments  sont en piteux état : murs détruits, délabrement  dû aux inondations d’octobre 2015, tempêtes, problème de luminosité  etc.

Le matériel

  • Outils pédagogiques, didactiques, informatiques
  • Bicyclettes pour les collégiens qui parcourent de longues distances pour rejoindre le collège
  • Matériel  de couture à destination du  centre de formation des femmes

La formation à la gouvernance

  • Renforcement des compétences de l’état sahraoui, des élus dans  l’’exercice  de  la représentativité
  • Réponse : identifier des partenaires pour mettre en œuvre des projets pluriannuels
  • Personnel enseignant volatile à cause des conditions de travail : volontariat (20 à 30 euros mensuels octroyés par l’ONU)
  • Appui symbolique à la rémunération des enseignants
  • Matériel pédagogique, didactique, informatique
  • Matériel couture
  • Bicyclettes pour les collégiens
  • Infrastructures : écoles, préfecture, mairie, ministère en piteux état murs détruits, délabrement (inondations octobre 2015, tempêtes, problème de luminosité  etc.
  • Collèges exigus à partir de la classe de 4ème : Poursuite en internat en Algérie
  • Apprentissage du français pour poursuivre ma scolarité en Algérie
  • Formation des enseignants et des élèves
  • Santé  et Hygiène : pas de toilettes dans les écoles, citernes détruites depuis 3 ans
  • Renforcement des compétences de l’état sahraoui
  • Formation à la gouvernance, des élus pour avoir les outils à exercer la représentativité